#challengeAZ : U comme Un secret

« Ce dont on ne peut parler, c’est aussi ce qu’on ne peut apaiser; et si on ne l’apaise pas, les blessures continuent à s’ulcérer de génération en génération… »

Nos arbres généalogiques sont remplis de secrets de famille. « Secrets d’alcôves, secrets des origines, secret de filiation ou de parentalité, secret de la mort, du suicide, de la maladie ou encore secrets d’actes délictueux » comme nous le dit Serge Tisseron dans son livre « Les secrets de famille ».

Pour qu’un événement devienne un secret de famille, il doit remplir 3 conditions :

  • le non-dit
  • l’interdit de savoir
  • la douleur ressentie lors de cet événement.

Sur ce dernier point, on se rend compte que la façon dont est vécue l’événement est bien plus importante que l’événement lui même. Une situation même anodine peut si elle est mal vécue émotionnellement, devenir un important secret de famille.

Vincent de Gauléjac dit :

« Personne n’en parle et pourtant tout le monde est au courant. Personne n’a jamais rien dit et pourtant tout le monde sait, ou croit savoir, ou voudrait savoir, tout en affirmant le contraire ».

Même si le non-dit existe réellement, les personnes connaissant le secret vont par le non-verbal donner tout un tas de renseignements à leur entourage. Ce qui fait que consciemment, on peut très bien ne rien savoir, alors qu’inconsciemment, on sait tout sur le secret.

Les premiers à avoir inconsciemment accès au secret, sont les enfants par transmission qu’elle soit intergénérationnelle (entre 2 générations en contact) ou transgénérationnelle (entre 2 générations sans contact). Serge Tisseron rappelle que

« toute transmission, dans le domaine familial, implique une part d’appropriation et donc de transformation ».

Les secrets vont prendre 3 formes :

  • « indicible », c’est lié à la première génération qui a vécu l’événement mais qui ne peut pas parler.
  • « innommable », c’est lié à la 2ème génération qui pressent un secret mais ne peut y mettre des mots devant l’absence de représentation verbale.
  • « impensable »., c’est lié à la 3ème génération pour qui l’existence même du secret est inconnue. Cette génération perçoit des sensations, émotions… sans comprendre d’où elles vient.

Nous sommes donc tous porteurs de secrets de famille. Des secrets qui ne nous appartiennent pas mais nous envahissent comme pourrait le faire un fantôme. Vincent de Gauléjac précise à propos de ces fantômes :

« Ce ne sont pas les morts qui reviennent, mais les vivants qui tentent de combler les lacunes laissées en nous par le secret des autres ».

Nicolas Abraham qui avec Maria Torok est à l’origine du concept du « fantôme et de la crypte », dit en 1975 :

« Le fantôme est le travail dans l’inconscient du secret inavouable d’un autre (inceste, crime, bâtardise) ».

Serge Tisseron parle lui de « fantôme » et de « revenant », qui se différencient pour le premier comme étant un mort inconnu et le second, un mort connu.

Quoi qu’il en soit, les secrets de famille peuvent être assez dévastateurs. Si ceux correspondant à « un revenant » peuvent être assez facilement maitrisables, ceux correspondant à « un fantôme » sont difficiles à appréhender. C’est pour cette raison qu’il faut du mieux possible désamorcer ces secrets par la mise en conscience de leur existence.

Par exemple, avant les filles-mère étaient mal vues par la société, pour éviter toute histoire, le secret s’imposait. Ce secret peut toujours être actif sur les générations suivantes. Réanalyser cette situation avec le regard d’aujourd’hui où il est totalement admis qu’une femme puisse avoir un enfant sans être mariée, va aider à régler les conséquences de ce secret.

Visite d’une inconnue

Ma grand-mère, Fernande Baugy m’a raconté qu’un jour une femme est venue lui rendre visite, lui disant qu’elle était à la recherche de la famille de Jean Baptiste Laurent. Elle raconta aussi que sa mère était la fille de ce Jean Baptiste. Qu’elle est née dans le Puy de Dôme mais qu’elle n’a jamais connu son père. Ma grand-mère n’a pu la renseigner, lui disant que la famille Laurent est celle de son époux, décédé depuis plusieurs années et qu’elle n’était au courant de rien.

Jean Baptiste Laurent, j’ai commencé à vous le présenter dans l’article sur les beaux frères, est le père de mon grand-père. Il a été marié à mon arrière grand-mère Anne Bourdier. Veuf assez jeune, il épousera la sœur de sa première femme, Claudine Bourdier, elle même veuve de guerre, de François Margelidon, dont je vous ai parlé dans le même article.

Jean Baptiste Laurent entouré de Claudine et Anne (photo personnelle)

Jean Baptiste Laurent entouré de Claudine et Anne (photo personnelle)

Ma grand-mère rendant visite un jour, à une cousine de mon grand-père, lui raconta l’histoire. Cette dernière, lui expliqua alors, que Jean Baptiste Laurent avait bien quitté sa femme pour une autre et qu’ils étaient partis tous les 2 s’installer dans le Puy de Dôme. Quelques temps après, sa femme, apparemment Anne Bourdier, était allée le chercher et l’avait ramené à la maison. Il est donc fort probable qu’il ai eu une fille dont il n’a jamais entendu parler.

J’ai peu de détail sur cette histoire où il y a beaucoup de manques ou d’éléments flous. Ma grand-mère n’a pas eu le réflexe de prendre les coordonnées de cette femme venue lui rendre visite. C’est dommage. Mais peut être qu’avec un peu de sérendipité, un descendant de cette fille, lira cet article et prendra contact avec moi.

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2 réflexions sur “#challengeAZ : U comme Un secret

  1. Pingback: #challengeAZ : Z comme Z’est fini | Les vieux de mon arbre

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