Jean Baugy dans l’enfer de Verdun

Jean Baugy,  mon arrière grand-père (sosa 14) est né le 7 avril 1881 à Montoldre (Allier). Il est le plus jeune des enfants de François Baugy (1839-1922) et de Anne Bertelier (1846-1938).

pere de maminette

Jean Baugy

 

En 1901, le registre des matricules nous apprend qu’il est cultivateur à Saint Pourçain sur Sioule (Allier). Il mesure 1,68 m, a les yeux noirs et possède un niveau d’instruction primaire plus développé (il sait, notamment, lire, écrire et compter)

Le 16 novembre 1902, il est incorporé au 9ème régiment de dragons.

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Jean Baugy

 

Il sera libéré le 23 septembre 1905 avec un certificat de bonne conduite.

En décembre 1905, il s’installera à Bayet (Allier) au lieu-dit de la Caudre avec ses parents.

Il participera à 2 périodes d’exercices. La première avec le 31ème régiment de dragons d’Epernay, du 4 au 26 novembre 1909 et la deuxième avec le 36ème régiment d’artillerie à Caen du 9 au 25 novembre 1911.

Le 1er août 1914, c’est la mobilisation générale. Jean Baugy se rend le 4 août 1914, à Saint Pourçain sur Sioule, pour la réquisition des chevaux.

Le 26 octobre 1914, il passe, par décision du général commandant la 13ème région militaire, au 321ème régiment d’infanterie. Ce régiment est créé à la mobilisation. Il est issu du 121ème RI de Montluçon (Allier) qui devait créé un régiment de réserve.

Jean Baugy

Jean Baugy

 

La bataille de Verdun

 

Le 6 novembre 1914, Jean Baugy part pour le front pour aller combattre dans l’Aisne, dans les environs de Soissons puis son régiment fera route en Champagne où ils resteront plusieurs mois.

Le 18 mai 1916, le 321ème RI est situé à l’ouest de Reims à Courlandon et Breuil sur Vesle. Les préparatifs de départ vont bon train. Direction Verdun en passant par Épernay, Sainte Menehould, Brizeaux et Dugny sur Meuse, où ils arrivent le 31 mai.

Après quelques jours de repos, le 4 juin 1916, le régiment reçoit l’ordre de relever le 53ème RI dans le secteur entre le fort de Vaux et le ravin de la Horgne. Une partie du régiment restera en réserve dans le tunnel de la Tavannes, entre Verdun et le fort de Vaux. Le lieutenant Benech du 321ème RI dira du tunnel de la Tavannes :

« Nous arrivons au tunnel. Seront-nous donc condamnés à vivre là ? Je préfère la lutte à l’air libre, l’étreinte de la mort en terrain découvert. Dehors, on risque une balle; ici, on risque la folie.

Une pile de sac à terre monte jusqu’à la voûte et ferme notre refuge. Dehors, c’est l’orage dans la nuit et le martèlement continue des obus de tous calibres. Au-dessus de nous, sous la voûte qui sonne, quelques lampes électriques sales, jettent une clarté douteuse, et des essaims de mouches dansent une sarabande tout autour. Engourdies et irritantes, elles assaillent notre épiderme et ne partent même pas sous la menace d’un revers de main. Les visages sont moites, l’air tiède est écœurant.

Couchés sur le sable boueux, sur les rails, les yeux à la voûte ou face contre terre, roulés en boule, des hommes hébétés qui attendent, qui dorment, qui ronflent, qui rêvent, qui ne bougent même pas lorsqu’un camarade leur écrase un pied. Par place, un ruissellement s’étend ! De l’eau ou de l’urine ?  Une odeur forte, animale, où percent des relents de salpêtre et d’éther, de soufre et de chlore, une odeur de déjections et de cadavres, de sueur et d’humanité sale, prend à la gorge et soulève le cœur. Tout aliment devient impossible; seule l’eau de café du bidon, tiède, mousseuse,calme un peu la fièvre qui nous anime. »

 

Dans la nuit du 5 au 6 sous d’incessantes canonnades, la relève est assurée. Immédiatement, une contre-attaque est organisée pour chasser les allemands des parties du fort qu’ils tiennent et de délivrer les soldats français prisonniers dans cette fortification. Ils subissent depuis 5 jours les assauts répétés de l’ennemi. 8000 obus tombent pendant 22h sur 24h. Sous la direction du commandant Raynal du 96ème RI, le 4 juin, ce dernier envoie un message grâce à son dernier pigeon :

« Nous tenons toujours, mais nous subissons une attaque par les gaz et les fumées, très dangereuse. Il y a urgence à nous dégager. Faites nous donner de suite communication optique par Souville, qui ne répond pas à nos appels. C’est notre dernier pigeon. »

Ce pigeon réussit à rejoindre le pigeonnier militaire et expire. Sur le fort de Vaux, aujourd’hui, une plaque rappelle ce souvenir et la citation qu’il reçu :

« Malgré des difficultés énormes résultant d’une intense fumée et d’émission de gaz, a accompli la mission dont l’avait chargé le commandant Raynal. Unique moyen de communication de l’héroïque défenseur du fort de Vaux, a transmis les derniers renseignements qui aient été reçu de cet officier. Fortement intoxiqué est arrivé mourant au colombier. »

À 2 heure du matin le 6 juin, le signal au moyen de fusées vertes donne le top de départ de la contre-attaque. Les allemands par un violent barrage de grenade et des tirs d’artillerie, réussissent à stopper les assaillants et à les repousser. Le soldat Jacques Ferrandon, soldat au 321ème RI, dira plus tard :

« Le 6 juin, à deux heures du matin, nous montions à l’attaque du fort de Vaux. Nous avançâmes jusqu’au moment où, ayant épuiser toutes nos munitions en grenades et, posté dans un entonnoir, nous tirions presque à bout portant sur l’ennemi, bien visible sous les fusées éclairantes. Trop occupé à me battre, Je n’entendis pas l’ordre de repli; quand je m’aperçus que j’étais seul, je m’aplatis dans un trou. Ayant attaché mes armes et équipements à mes jambes, je pris en rampant le chemin du retour. Combien de temps m’a-t-il fallu, je ne puis le dire, mais ce que je vis fut affreux : partout des cadavres français et allemands, pêle-mêle. Je ne me détournais de l’un que pour passer sur un autre; pas un trou qui ne contînt plusieurs morts ou mourants; c’était épouvantable; il faut avoir parcouru les abords du fort de Vaux pour se rendre compte d’un tel massacre. »

Le bilan de cette attaque pour le 321ème RI fut de 22 morts, 46 blessés et 7 disparus.

Le commandant Raynal se rend le 7 juin après une héroïque résistance. Les combats continuent pourtant jusqu’au 17 juin, faisant 130 morts, 332 blessés et 34 disparus. Les 17 et 18 juin la relève permet au régiment de Jean Baugy de partir à l’arrière du front.

En octobre, le 321ème RI est toujours dans la région de Verdun, le 24 octobre, ils partent à la conquête du fort de Douaumont. L’attaque débute à 11h40. En quelques minutes, ils prennent possession de la 1ère tranchée allemande. À 13h, le 1er objectif est atteint et à 15h30, le 2ème qui consiste à prendre possession de la batterie à l’est du fort est rapidement exécutée devant l’absence de défenseur. Les pertes sont peu importantes. L’attaque a été minutieusement préparée avec l’appui d’une artillerie précise.

Une demi heure plus tard, les soldats du 321ème RI prennent position sur le fort. Le colonel Picard du 31ème RI dira :

« Le régiment colonial du Maroc, devait le 24 octobre, prendre le fort : il l’a pris ça c’est de l’histoire. Mais il pourra impartialement ajouter que ce sont les vieux du 321ème RI qui, les premiers, ont grimpé sur le fort : ça aussi, c’est de l’histoire. »

Le général Nivelle, le 5 décembre 1916, écrit :

« Le général commandant la 2ème armée se fait un plaisir de reconnaitre que, le 24 octobre 1916, des éléments de la 23ème compagnie du 321ème régiment d’infanterie ont pénétré les premiers sur la face est du fort de Douaumont et en ont pris au chassé les défenseurs.  (?)

Il autorise l’insertion de la présente lettre dans le journal de marche du régiment. »

La bataille de Verdun va continuer jusqu’au 19 décembre 1916 et le 321ème RI participera à la reprise de Bezonvaux, un des 9 villages français détruits pendant la 1ère guerre mondiale, le 16 décembre 1916.

 

La bataille du Chemin des Dames

 

Le 321ème RI reste encore dans le secteur de Verdun jusqu’en février. Les troupes vont, ensuite, en 2 grandes étapes, en mars et avril, rejoindre le secteur du Chemin des Dames, pour participer à partir du 16 avril 1917 à l’offensive Nivelle.

Le plan du général Nivelle consistait à percer le front entre Soissons et Reims. Mais l’opération tournera vite à l’échec. Devant le manque d’organisation, le peu d’efficacité de l’artillerie et les lourdes pertes humaines, toute une vague de mutinerie va se mettre en place.

Le 321ème RI est à l’origine du premier mouvement important de mutinerie. Dans le journal de marche du régiment, en date du 5 mai 1917, le commandant de Coutenson écrira :

« … un certain nombre d’hommes du 4ème bataillon, se sont soustraits de leur devoir, en ne montant pas au secteur, le 4 mai soir, avec leurs camarades. »

Il attribua ces défections à la fatigue considérable de ses hommes et à la mauvaise influence d’éléments cantonnés avec ses hommes. Il n’a pas cru devoir en rendre compte, parce qu’il a fait tout ce qu’il y avait à faire. Les 5ème et 6ème bataillons reçurent l’ordre de ramener les traînards du 4ème bataillon. Au total, on comptera 122 absents qui réapparaitront pour la plupart quelques jours plus tard quand le régiment est mis au repos.

Les témoignages de beaucoup de soldats révèlent surtout leur grande détresse morale et physique. Ils n’hésitent pas non plus à mettre en cause leurs sous-officiers, qui les auraient incités  à la révolte. Une liste de 33 noms fut établie, mais à l’intérieur, on trouve aussi de bons soldats, alors que des meneurs ou des hommes au comportement douteux évitent les punitions. Le choix semble assez aléatoire.

La première séance du conseil de guerre du 8 juin 1917 est sévère avec notamment 2 condamnations à mort. Heureusement la 2ème fut plus clémente en soulignant les difficultés matérielles et morales des soldats :

« Trop de fatigue, la désillusion causée par les attaques précédentes, le sentiment d’être promis à une mort certaines, ont créé une sorte de sentiment commun de survie qui les a conduits à se cacher. »

La plupart sera condamnée à des peines de prison avec sursis. La responsabilité des soldats jugés sera minimisé et en même temps les officiers seront, eux, désignés comme les principaux responsables.

Jean Baugy a participé de près ou de loin à tous ces événements et il continuera à combattre jusqu’à la signature de l’armistice, le 11 novembre 1918.

 

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