#ChallengeAZ : G comme Gaga et patois

Comment s’exprimaient nos ancêtres ? Quelle langue parlaient-ils ? En 1790, seulement 50% des français connaissent le français. Ce chiffre montera à 90% en 1910. Pour cela, plusieurs lois pour l’enseignement seront nécessaires. La loi Guizot, du 28 juin 1833, qui signe la naissance de l’école primaire publique. Plus tard, les lois de Jules Ferry de 1881-1882, qui rend l’école publique, gratuite, obligatoire et laïque, renforceront les premiers efforts. Mais c’est l’armée et le service militaire qui participeront le plus à la promotion du français. La dernière avancée viendra des nouvelles technologies : la radio et la télévision.

La France possède de nombreux dialectes ou patois. Presque chaque région possède sa langue.

langues_regionales_francaises

En 1806, un recensement permettait de savoir dans quelle proportion les langues régionales étaient utilisées.

Langue Nombre
de locuteurs
Pourcentage de la
population française
Langues d’oïl 16 408 000 58,5%
Occitan 8 461 000 25%
Francoprovençal 2 197 000 7,4%
Dialectes allemands 1 036 498 3,5%
Breton 985 558 3,3%
Corse 174 702 0,6%
Flamand 156 973 0,5%
Catalan 118 700 0,4%
Basque 109 306 0,4%
Total 29 648 000 100%

 

Le patois vellavien

Claude Samuel et sa famille parlaient le patois vellavien corrompu.

Pour définir ce dialecte, ce n’est pas chose aisée. Pour comprendre à quoi correspond ce patois, il faut déjà resituer Saint-Ferréol d’Auroure et ses alentours, géographiquement. La commune se trouve dans la région du Velay, au nord-est de la Haute-Loire, plus précisément sur la frontière avec la Loire. Quand on regarde sur la carte ci-dessus, on voit que la Haute-Loire est située dans la zone correspondant au patois auvergnat.

Le patois vellavien appartient au patois auvergnat qui lui même appartient à la langue occitane. Mais ce n’est pas tout. Saint-Ferréol est au contacte avec la Loire qui, dans sa grande majorité, parle le forézien qui appartient la langue francoprovençale. Cette proximité fait que ce dialecte vellavien est corrompu par le francoprovençal. Cette zone où se mélangent ces deux langues est appelé par P. Nauton : Amphizone.

Amphizone

L’influence du francoprovençal n’est pas la même dans cette amphizone. Pour les communes qui possèdent de bonnes communications avec le Forez, c’est le cas de Saint-Ferréol, la corruption du patois vellavien est important. L’accent et un grand nombre de mots et expressions sont empruntés au patois forézien et inversement. Dans les communes plus retirées, plus dans les montagnes, ce patois reste pur. La frontière n’est pas complètement fixe. En fonction des mots ou intonations, Saint-Étienne qui est sur la frontière, passe d’un côté ou de l’autre.

domaine fp

 

Pour illustrer ce dialecte voici quelques exemples :

Grô Canthi faî de clooù
Dian la granjo do grand mathiooù
Pin, pan, pô,
Saut’élai !

Le père Canthi fait des clous
Dans la forge du grand Mathieu
Pin, pan, pô,
Saute là-bas !

Une histoire que les grands-mères racontaient sur un ton lugubre.

Quo qu’oué quo temps qu’ei chi neï ? équéllou brouillards !
Oh ya ya ! écouta me équèlè touneïres, avisa me équèlè z’éiooùsse !
Mai d’an quo van que toutes les clotses drïngoloun ?
O-ouè les vatses que breuloun, l’âne que racane, ou è les fiè et les chiores que bialoun, lou cayou que renoun, ou è le tsi que jappe, ou è le tsâ que miooule, ô ouè les poules, que cacarinoun !
Y’ ün grand malheu, mou pooùre pethi !
Qu’ou è le râ que l’è mô !
La rate plure, lou ban-ban tsetto, la taoulo taoulette, la pouorto se sarre et se bade, sans poû, sans aoùra; le fraisse s’eitantse, la foun s’agouto, la maïtro casse sou z’iooù, la sarvante égrouinte soun pouteu…et lou valeu piquo la rillo dian le thiooù de sou biooù.

Qu’est-ce que c’est que ce temps qui est si noir ? Ces brouillards !
Oh la la ! Écoutez-moi ces coups de tonnerre, regardez ces éclairs !
Mais d’où cela vient-il que ces cloches sonnent tristement ?
Oh ! Ce sont les vaches qui meuglent, l’âne qui ricane, ce sont les brebis et les chèvres qui bêlent, les porcs qui grognent, c’est le chien qui aboie, le chat qui miaule, ce sont les poules qui craquettent !
Il est arrivé un grand malheur, mes pauvres petits ! Le rat est mort !
La femelle du rat pleure, le petit banc sautille sur ces quatre pieds, la table tressaute, la porte bat, s’ouvre, se ferme, quoique personne ne la pousse, sans qu’il y ait du vent. Le frêne voit ses branches tomber autour de lui, la fontaine se tarit, la maîtresse de maison casse tous ses œufs, la servante ébrèche sa cruche et le valet… plante le coutre de sa charrue dans le derrière de ses boeufs.

Pour finir une chanson que me chantait mon grand-père, en patois. Les paroles ne sont pas exactement les mêmes mais c’est bien la même histoire. Le début de cette version est celle que me chantait mon grand-père, la suite est revisitée.

L’histoire est simple. Elle raconte l’histoire de Jeannette et Jeannetou (la jeune fille et le jeune homme). Au début, ils vont à la foire de Montfaucon. Puis, elle achète un âne et lui un cochon. Il monte ensuite sur leur animal respectif. Jeannette tombe à la renverse et Jeannetou à l’abouchou (à l’avant). En tombant, elle se casse la cuisse et lui ses bijoux de famille.

 

Le Gaga stéphanois

Le gaga est le patois typiquement stéphanois. Ce dialecte est multiple, on retrouve des mots qui n’ont pas d’équivalent en français ou qui sont plus évocateurs comme :

  • Beauseigne (terme qu’on utilise quand on plaint quelqu’un ou pour dire que c’est une pauvre personne un peu simplette. Ce mot est toujours rempli de pitié et/ou de sympathie, de gentillesse. se rapproche du peuchère marseillais)
  • Broger (penser à des choses tristes, se rapproche de ruminer)
  • Être éjeillé (expérience désagréable dont on tire une leçon)
  • Apincher (zieuter)

D’autres mots viennent des patois voisins (le francoprovençal, l’auvergnat ou le vellavien). Deux exemples vus dans les exemples précédents :

  • Abouchon (être à plat ventre) en patois vellavien Abouchou
  • Caillon (cochon) en patois vellavien Cayou ou Caïou

Claude Samuel a surement utilisé ces mots dans sa vie. Mon grand-père aimait utiliser certain de ses mots, il me disait souvent que j’étais peigné comme un javagnot (hibou). Malheureusement, ce dialecte est de moins en moins utilisé.

Pour finir, juste pour le plaisir, je vais donner quelques mots :

  • À cacasson (accroupi)
  • Appeger (coller) Appeger une beigne (donner un coup de poing)
  • Ba (baiser d’enfant)
  • Babet (pomme de pin)
  • Babièle (femme qui n’arrête pas de parler)
  • Baraban (pissenlit)
  • Bazut (Dadais)
  • Bitors (saucisson)
  • Faire la bobe (faire la tête)
  • Boutasse (flaque d’eau ou petite mare)
  • Chanforgne (musique désagréable)
  • Coissou (le dernier né)
  • Coufle (repu)
  • Débarouler (tomber en roulant)
  • Débéloise (cafetière)
  • Ébarliaudes (vision troublée par la lumière voir des étoiles)
  • Éclots (les sabots)
  • Galapiat ou Garagnas (polisson)
  • Gandot (boite de métal qui servait à mettre son repas pour manger à son travail) ça va pas ton gandot ? (ça va pas la tête ?)
  • Gandou (éboueur) Gandouze (décharge publique)
  • Gouillat (flaque d’eau)
  • Jabiasser (parler à tort et à travers)
  • Jarjille (cherche guerre)
  • Jean-ma-mère (enfant toujours fourré dans les jupes de sa mère)
  • Patère (chiffonnier ou ferrailleur, il passait dans la rue en criant « Patère ». Quand un enfant n’était pas sage, on lui faisait peur en disant qu’on le donnerait au patère)
  • Pétafiner (détériorer)
  • Pichorgner (manger peu avec dégout)
  • Portion (tartine)
  • Pranière (la sieste)
  • Quinarelle (pleurnichard)
  • Ratapena (chauve-souris)
  • Avoir la tone (raler)
  • Vois-tu-moi-le (regarde-le)

 

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8 réflexions sur “#ChallengeAZ : G comme Gaga et patois

  1. De nombreux actes du Haut-Rhin se terminent par « apres lecture et interpretation ». C’est le seul endroit dans mes recherches ou j’ai trouve cette mention dans les actes. Est-ce qu’une expression similaire est utilisee ailleurs? Merci pour cet article interessant.

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  2. Pingback: #ChallengeAZ : Bilan 2016 | Les vieux de mon arbre

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