#ChallengeAZ : M comme de la Méditerranée à la Mer Noire

Lundi 6 novembre 1854, Claude Samuel attend dans le port de Toulon avec ses camarades du 23ème régiment d’infanterie légère. Il y a quatre mois, il a commencé sa formation militaire. Aujourd’hui, sûrement plein d’appréhension, il va prendre la mer et quitter la France, direction la Crimée. Depuis un an, un conflit a débuté entre turcs et russe, bientôt rejoint par les français et les anglais.

Donawerth

Face a eux, dans la rade, le Donawerth les attend. Ce navire de 60 mètres de long sur 16 mètres de large prend la mer pour la première fois en 1827 sous le nom d’Alexandre. C’est en 1839 qu’il prendra le nom de Donawerth. Après une longue période de travaux, il reprend la mer le 15 février 1854.

Donawerth

Donawerth

Ce bateau peut transporter entre 500 et 800 hommes. Il possède un double moyen de propulsion, soit par les voiles, soit par un moteur vapeur.

Plus tard en 1868, il changera à nouveau de nom pour devenir le Jean Bart et il sera utilisé comme bateau-école à Brest. Cette nouvelle affectation ne durera pas longtemps. Au bout de 5 ans, il sera mis en réserve. En 1886, nouveau changement de nom, il devient le Cyclope. Onze ans plus tard, en 1897, son mauvais état entraine sa destruction à Brest.

 

Voyage

Le 6 novembre 1854, Claude Samuel et son régiment embarque à bord du Donawerth.

Embarquement Toulon

Embarquement à Toulon en mai 1854 Gallica

Rapidement, le navire s’éloigne de Toulon en direction de la Corse. Il poursuit son voyage le long des côtes occidentales de la Sardaigne puis change de cap en prenant la direction du Cap Bon au nord-est de la Tunisie. Le trajet continue en laissant à babord la Sicile et à tribord l’ile de Malte. Ils contournent la Grèce avec ses eaux infestées de pirates, pour remonter au nord en direction du détroit des Dardanelles qui permet de passer de la mer Égée à la mer de Marmara. Ils arrivent enfin à Gallipoli que Charles-Antoine Thoumas dans son livre « Mes souvenirs de Crimée : 1854-1856 » décrit ainsi :

… devant nous la petite ville de Gallipoli dressant au-dessus des flots un amphithéâtre de maisons de bois multicolores serrées les unes contre les autres, à gauche de la ville une rangée de cinquante à soixante moulins à vent et au delà, de ces moulins, d’innombrables files de tentes.

Gallipoli

Ils traversent ensuite la mer de Marmara pour arriver le 15 novembre 1854 à Constantinople. Dans le journal de Toulouse reprenant une information du journal de Constantinople, on peut lire :

Hier vers deux heures de l’après-midi et vers le soir sont arrivés les vaisseaux à deux ponts français le Turenne et le Donawerth, faisant partie de l’escadre de la Baltique, avec des troupes en destination de la Crimée. Ces deux vaisseaux ont fait un échange de salut avec le schooner ottoman de station.

Carlo_Bossoli_-_A_panorama_of_Constantinople_from_Uskudar_(1854)

Constantinople

Charles-Antoine Thoumas dit de Constantinople :

Pour moi, ce qui me frappa le plus, ce ne fut certes pas la mosquée de Sainte Sophie, mais le tohu-bohu de la Corne d’Or, la foule grouillante du pont de Galata, et les costumes variés des promeneurs de Péra.

Le 18 novembre, le Donawerth passe le Bosphore suivi le 19 par le Turenne. Dix jours plus tard, ils arrivent enfin en Crimée à Kamiesch.

On peut penser que sur le trajet, le navire a fait de nombreuses haltes, dans le livre de Thoumas, on y apprend qu’il a fait escale à Malte, Athènes, Smyrne, Gallipoli, Constantinople et Varna. On peut penser qu’il en a été de même pour Claude Samuel.

Il est fort possible que sur le trajet, Claude fut victime du mal de mer lui qui n’avait connu que la terre ferme de sa Haute-Loire natale.

 

La tempête de Kamiesch

Le 14 novembre 1854, la baie de Kamiesch fut frappée par une importante tempête avec pluie diluvienne et grêle. Charles-Antoine Thoumas raconte ce qu’il a vécu :

Ce fut le vent qui, à la pointe du jour, nous éveilla brutalement; en un clin d’œil les tentes furent arrachés du sol, les baraques légères des ambulances furent enlevées, les chevaux effrayés brisèrent leur longe en fuyant, et s’élancèrent à travers les camps par bandes effarouchées. Les objets les plus divers volaient de tous côtés, emportés comme des plumes; des hommes même, car il était presque impossible de se tenir debout…

Sur la mer, ce n’est pas mieux et la France perd deux navires, le Henri IV et le Pluton. Heureusement, il n’y eut aucune victime, seulement des dégâts matériels.

Claude Samuel n’a pas vécu cette tempête se trouvant au même moment sur la mer de Marmara en approche de Constantinople. Le journal du Loiret nous apprend que :

Plusieurs transports de commerce anglais et français ont été jetés à la côte dans l’ouragan du 14, qui, heureusement, ne s’est pas fait sentir au de-là de la mer noire.

S’il n’a pas vécu cet événement, il est fort probable qu’il en ait entendu parler par les soldats sur place ou par les séquelles observées.

Cet événement est important dans l’histoire mondiale car il est à l’origine des services météo français et de la mise en place d’un réseau européen. Devant le désastre dû à la tempête du 14 novembre 1854, Napoléon III, conseillé par Urbain Le Verrier, demande à mettre en place un service qui pourra prévoir les catastrophes météorologiques.

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