#ChallengeAZ : N comme Napoléon III et la guerre de Crimée

Mardi 28 novembre 1854, Claude Samuel débarque dans le froid sur la péninsule de Crimée. Le paysage n’est pas engageant. Avec les fortes pluies et la neige, la boue est présente de partout. Heureusement, l’armée française a empierré la route qui relie Kamiesch aux campement. Côté anglais, les chemins sont complètement défoncés, rendant presque impossible tous les déplacements. Il n’est pas rare d’avoir de la boue jusqu’aux genoux. Claude n’aura pas à traverser toute la péninsule, son régiment est positionné à l’ouest de Sébastopol.

Sébastopol_Kamiech

Depuis le 27 mars 1854, la France et l’Angleterre ont déclaré la guerre aux russes.

 

Origine du conflit

La guerre de Crimée est sûrement la guerre la moins connue en France. L’histoire est souvent politique. On met en avant les événements qui peuvent nous servir ou on décrédibilise les actes de nos adversaires. Pour les dirigeants de la Troisième République, il fallait dégouter les français du Second Empire de Napoléon III. À la fin de la guerre de Crimée, la France redevenait une des grandes nations européennes, si ce n’est la première, depuis 1815 et la chute de Napoléon Ier. Décrétée honteuse et inutile, la victoire du siège de Sébastopol a été effacée des manuels scolaires.

Devant le déclin de l’Empire Ottoman, les russes ont des envies d’expansion et veulent prendre possession de Constantinople et des terres ottomanes. Pour cela, le Tsar Nicolas Ier exige le protectorat des orthodoxes relevant du Sultan. Ce qui lui permet de prendre possession d’une partie de l’Empire Ottoman. Après de multiples négociations, la France et l’Angleterre décident, pour des raisons différentes, de s’allier aux turcs.

Pour la France, c’est la suprématie sur les lieux Saints entre les catholiques menés par les français et les orthodoxes qui est à l’origine du conflit. Pour l’Angleterre, il voit d’un mauvais œil, la domination russe dans cette région et le possible contrôle des voies commerciales avec les Indes entre autres.

Plus tard, le Royaume de Sardaigne se joindra aux alliés dans la perspective d’un conflit avec les autrichiens, alliés des russes.

 

Hiver 1854

L’hiver 1854 fût très rude, même les russes habitués au froid vont énormément en souffrir. Le temps est variable, un jour le temps est atroce, le lendemain il fait beau. À la pluie et la boue succèdent la neige et la glace. Le 21 décembre, il fait beau. Le 24 décembre, Charles-Antoine Thoumas explique :

Jamais je n’avais vu un temps pareil à celui qu’il fait depuis hier soir, le vent a soufflé tour à tour des quatre points cardinaux, et après une pluie battante, qui a changé notre camp en un lac, voici venir la neige.

Le 4 janvier 1855, le ciel est dégagé mais il fait -12° C.

Les soldats souffrent de l’humidité, leurs habits sont toujours mouillés. Ils souffrent du froids, il n’y a pas ou peu de bois pour faire du feu. L’intendance française distribue pour l’hiver, des paletots en peau de mouton dite « criméennes », des guêtres de drap « guêtres bulgares », des bonnets de laine, des ceintures de flanelle, des chaussons et des sabots. Malgré ça, nombreux sont les soldats avec les extrémités gelées qui doivent se faire amputer.

Les maladies déciment les troupes pendant cette hiver entre les fièvres typhoïdes, le choléra, le scorbut, fièvres diverses… Pour lutter contre le scorbut, les soldats ramassent les pissenlits. Les légumes manquent ainsi que le pain. Les repas sont composés de riz, lard et de conserves. Les rations sont peu importantes et souvent, les soldats ne mangent pas à leur faim.

Les français, devant ces difficultés, sont mieux organisés que les anglais et les origines laborieuses des soldats français les aident à traverser tant bien que mal, cet hiver. Dans le livre « La guerre de Crimée : 1853-1856 » de Alain Gouttman, on peut lire :

Car le soldat français, à l’inverse de l’anglais, vit en escouade, pratique donc la solidarité du bivouac, et chacun en tire profit : pendant que l’un creuse un trou pour le foyer, l’autre va chercher du bois, un autre de l’eau, un autre encore de la viande, le pain et les légumes. Ainsi, au retour de la tranchée, tandis que l’anglais ne trouve jamais rien de prêt, le français n’a qu’à tendre sa gamelle pour la voir aussitôt remplie d’une nourriture cuite et chaude, et boire le café en groupe, presque en famille.

 

L’attaque de la quarantaine et du cimetière

Le printemps voit un regain de forme de l’armée française qui repasse à l’attaque. Claude Samuel et son régiment qui est devenu le 98ème régiment d’infanterie de ligne depuis début janvier, séjournent non loin du ravin de la quarantaine.

Le 22 mai 1855, le général Paté organise deux colonnes d’assaut qui contiendront chacune des hommes du 98ème RI :

  • À droite, dirigé par le général de brigade de le Motte-Rouge, la colonne contient des hommes des compagnies d’élite de la légion, 2 bataillons du 28ème RI et 1 bataillon du 98ème RI. Leur objectif le cimetière.
  • À gauche, dirigé par le général Beuret qui commande 2 bataillons de la légion étrangère, 1 bataillon du 98ème RI et 3 compagnie du 6ème bataillon de chasseur. Leur objectif un retranchement à base de gabions devant le bastion de la quarantaine.

Sebastopol

Le colonel Grenier décrit les 2 nuits de combat :

Nous avons eu, dans la nuit du 22 au 23, une rude affaire. On a voulu faire le pendant à notre opération du 2 mai, en attaquant les embuscades de la Quarantaine, mais les Russes étaient sur leurs gardes. Ils avaient 12 000 hommes en réserve, de sorte qu’on a pris et repris les positions plusieurs fois, et que le travail qu’on se proposait n’a pu être complètement exécuté. Nos soldats se sont conduits, comme toujours, avec une bravoure au-dessus de tout éloge ; beaucoup ont payé de leur sang ces efforts improductifs.

Le lendemain, l’attaque a été reprise et couronnée de succès ; nous sommes établis dans les ouvrages russes et, de ce côté, nous touchons à la ville.

Les troupes du général Beuret se rendent maitre rapidement de leur objectif, ce qui n’est pas le cas pour les hommes du général de brigade de la Motte-Rouge. Il faudra plusieurs attaques et une canonnade des hommes du général Levaillant pour chasser définitivement les russes.

Claude Samuel a peut être fait parti de ces différents bataillons, ou il est restait en réserve à l’arrière. Il participera au minimum à la défense de cette position aux abords des murs de Sébastopol. Il y restera jusqu’à son retour en France, le 2 août 1855.

Pour sa participation à la guerre de Crimée, Claude Samuel recevra une médaille de la part de Sa Majesté la Reine d’Angleterre, la Reine Victoria et un diplôme.

Medaille_de_crimee

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6 réflexions sur “#ChallengeAZ : N comme Napoléon III et la guerre de Crimée

    • Merci. Cette guerre est la première guerre moderne par son utilisation des nouvelles technologies comme les bateaux à vapeur par exemple. C’est aussi une des toutes premières guerre de tranchées dans la phase du siège de Sébastopol.

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  1. Article très interessant. Il aurait été aussi interessant d’indiquer les sources consultées, notamment le diplome : est-ce un document familial ou conservé par les archives nationales ou départementales ?
    Thierry

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  2. Pingback: #ChallengeAZ : Bilan 2016 | Les vieux de mon arbre

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