#ChallengeAZ : U comme Union avec une fille-mère

Claude Samuel a épousé le 16 juin 1869, Marie Louise Barret qui à cette date était déjà mère d’une petite fille. Marie est née le 11 février 1866 chez son grand père Étienne Barret à la Rullière, Saint-Didier-la-Seauve. La déclaration de cette naissance, en l’absence d’un père, est faite par Caroline Lefèvre, qui est la sage-femme qui a accouché Marie Louise. Comment cette situation a-t-elle été vécu par les deux familles ?

Naissance Marie Barret

 

Les filles-mères

Les mots qui sont le plus souvent associés aux filles-mères sont : la Honte, le Déshonneur, l’Immoralité, la Dépravation des mœurs, …

Pour avoir une idée du sentiment des proches d’une jeune femme surprise avec un garçon ou qui tombait enceinte, on peut se référer au texte de Marcel Pagnol dans Marius quand Honorine, la mère de Fanny, retrouve sa fille, endormie dans les bras de Marius. La sœur d’Honorine, Zoé, avait déjà amené le déshonneur dans la famille. Cet épisode était tabou et la plus grande crainte d’Honorine était que déshonneur ressurgisse.

Eh bien, c’est du propre ! Après ma sœur Zoé, il ne nous manquait plus qu’un petit bâtard ! Tu peux le lui dire à ton Marius, il faut qu’il te demande avant ce soir, tu entends ? Il a voulu te voir dormir, eh bien maintenant qu’il t’épouse ! A l’église et à la mairie et au galop ! Et s’il ne veut pas tant pis pour toi : tu iras dire oui à Panisse ! Quand tu seras mariée, tu feras tout ce que tu voudras, mais au moins tu auras sauvé l’honneur ! Sinon, ce n’est plus la peine que tu rentres à la maison. Je ne veux plus te voir, tu n’es plus ma fille.

On se rend compte que l’honneur peut être sauf, si la situation est suffisamment bien cachée. Dans le texte de Pagnol, un mariage arrangerait tout et qu’importe si le marié est le père de l’enfant ou pas. L’éloignement temporaire ou définitif peut aussi être une solution.

La honte ou le déshonneur retombe toujours sur la jeune femme quelle que soit l’origine de cette situation. Qu’elle ait succombé aux charmes d’un homme ou qu’elle soit victime d’un chantage, d’un viol ou d’un inceste, la femme est toujours désignée comme coupable à cette époque.

Dans le livre « Dictionnaire d’économie charitable », on peut lire :

Car la société est ainsi faite , qu’une fille-mère n’y retrouve jamais sa place, que sa famille la repousse, que le mariage lui est fermé, que la confiance se retire d’elle, que la charité seule lui tend la main.

Les conséquences sont nombreuses pour ces femmes. La grande majorité de ces conséquences restera négative alors que pour l’homme qu’il soit connu de la famille ou non, ils seront généralement assez tranquille.

Les conséquences :

  • Avortement avec tous les risques que cela comportaient à cette époque.
  • Abandon de l’enfant
  • Infanticide
  • Suicide
  • Rejet de la famille
  • Meurtre de l’homme responsable de fausses promesses ou qui n’assume pas la responsabilité de ses actes
  • Autres vengeances contre ces hommes

Un facteur important, c’est le lieu où vit la jeune femme. En ville, elle peut vivre dans l’anonymat sans trop de difficulté. En campagne, c’est plus difficile. Tout le monde se connait et s’épie.

Tout ce qui tourne autour de la sexualité,  prend une énorme place dans les secrets de famille. Aujourd’hui, la situation, pour les femmes, vis à vis de leur statut de fille-mère, est plus facile à gérer, même si on peut, encore, entendre des critiques.

La réaction de la famille de la jeune femme est primordiale. Dans une famille qui va la soutenir, les conséquences seront moindres, voire inexistantes. Heureusement, toutes les familles ne réagissaient pas de la même façon. Certaines préféraient fuir en se cachant derrière l’évitement de la honte ou du déshonneur que cela pourrait engendrer. D’autres préfèrent se soutenir et rester unis. On peut se demander comment se comportaient les familles Samuel et Barret.

 

Les filles-mères autour de Claude Samuel

Dans la famille Barret, Marie Louise n’est pas la seule dans cette situation. Catherine, sa sœur ainée, qui épousera Mathieu Samuel, va accoucher d’une fille qu’elle appellera, elle aussi, Marie. Elle est née le 8 avril 1858, soit plus d’un an avant le mariage avec Mathieu, le 20 septembre 1859. Pour ces deux femmes, on ne connaitra pas le nom du père de leur fille respective. Il y a peu de chances que Mathieu et Claude Samuel soient les pères.

Pour la troisième fille, Mariette, elle aussi est tombée enceinte avant son mariage. Elle épouse Pierre Neyret, le 7 mai 1862, alors qu’elle en est à son sixième mois de grossesse. On peut penser que Pierre est bien le père de ce garçon prénommé Étienne, né le 2 août 1862.

Étienne Barret semble accepter cette situation. Ils ne rejettent pas ses filles et même une fois ses filles mariées, les deux Marie n’iront pas vivre chez leur beau-père mais resteront avec lui jusqu’à leur propre mariage. Il est possible que si ces deux enfants illégitimes avaient été des garçons, ils auraient suivi leur mère.

Chez cet homme, veuf depuis longtemps, ses petites-filles devaient l’aider à gérer son quotidien.

Dans la famille Samuel, la plus jeune des sœurs de Mathieu et de Claude, Marie, aura un enfant, Antoinette, née le 15 septembre 1869, alors qu’elle n’est pas mariée. Le père de son enfant, Antoine Angelvin, fera un faux à la mairie en prétendant être marié avec Marie. Ils régulariseront la situation quatre mois plus tard en faisant un mariage dans l’anonymat de Saint-Étienne, le 27 janvier 1870. Antoine habite à Cubrisoles avec sa future épouse. Il sera même témoin lors du mariage de Claude Samuel. La situation est bien acceptée chez les Samuel même s’ils sont obligés de cacher la vérité, pour éviter le déshonneur.

Plus tard, le fils ainé de Claude Samuel, mon arrière-grand-père Étienne épousera lui aussi une fille-mère, Annette Larois pour laquelle j’avais décrit la situation dans un autre article. Une de leur fille, Pauline Catherine sera à son tour fille-mère.

Pour finir, je voulais juste signalé le cas d’un petit-cousin de Claude, Jean Marie Delorme, petit-fils à Marcellin Bergognon, qui sur son acte de mariage du 16 juin 1900 à Aurec sur Loire, avec Françoise Viallon, est noté qu’il reconnait être le père de Marie Louise Viallon, née le 16 avril 1898 et qu’elle portera dorénavant le nom de Delorme.

reconnaissance Marie Louise Viallon Delorme

Il était fréquent que lors d’un mariage, le mari reconnaisse les enfants de sa femme, nés avant leur union, sans que ces enfants  soient forcément les siens. Mathieu et Claude, eux, ne le feront pas, pas plus qu’Étienne Samuel.

 

 

 

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Une réflexion sur “#ChallengeAZ : U comme Union avec une fille-mère

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